July 1914

July 1914 in France

Helena Trnkova

Juillet 1914 en France

La nouvelle de l'attentat de Sarajevo arrive dans une conjoncture où la guerre est au sein des préoccupations des dirigeants politiques et militaires. Dans une logique de compétition, le budget de l'armement a été augmenté ; en 1913 il constitue 31% des dépenses de l’État. La même année, une nouvelle loi est votée sur la conscription générale, le service militaire obligatoire passe de 2 à 3 ans, l'âge d'appel baisse de 21 à 20 ans. Par conséquent, en 1914 les effectifs du temps de paix comptent 637 635 soldats (hommes entre 21 et 23 ans). Un système de trois réserves échelonnées selon l'âge jusqu'à 48 ans, augmente le nombre des mobilisables en cas de guerre à 3 780 000. La mobilisation est donc une opération réfléchie et planifiée de longue date, octroyant à chaque acteur social un rôle à tenir. La réflexion menée sur la doctrine et la stratégie militaires promeut l'offensive. Le 19 juin 1914 un emprunt de 800 millions pour l'armement est également voté. Le chef de l’armée française, Joffre, juge alors la situation de la France meilleure que trois ans auparavant.

Au niveau social, la diffusion des discours dominants est assurée par un vaste réseau de presse écrite ainsi que par la prolifération de la littérature populaire véhiculant des stéréotypes nationaux. Les esprits sont formés par une éducation à la discipline au sein des différentes institutions de la Troisième République. A travers ses relais du pouvoir, l’État parvient à construire un maillage social fort, créant des espaces plus homogènes que par le passé. L'essor des pratiques sportives aide aussi à intérioriser les valeurs viriles et l'esprit de compétition. La guerre occupe également une place importante dans l'imaginaire des intellectuels. De nombreuses élites sont gagnés par le discours nationaliste.

Toutefois, dans l’immédiat, l’attentat suscite peu de réactions. Dans son éditorial du 1er juillet « En route vers l'inconnu », Clemenceau exprime encore sa confiance en une issue pacifique de la crise en arguant que « la personne de François Joseph est une garantie de paix. »

Les événements s’accélèrent à partir de mi-juillet. Alors que le 14 un défilé militaire grandiose célèbre la fête nationale, le sénateur Charles Humbert révèle la médiocrité de l'équipement en artillerie lourde. Le 15 juillet « sur la proposition de Clemenceau, le Sénat donne des pouvoirs spéciaux à la commission de l'Armée. » Le même jour, une nouvelle loi fiscale instaure un impôt sur le revenu pour augmenter les ressources de l’État. En même temps, lors du Congrès extraordinaire de la SFIO (14-16 juillet), Jaurès fait adopter la grève générale comme moyen de refus de la guerre. Or, le président Poincaré avec Viviani partent en voyage officiel à Saint-Pétersbourg. La France assure la Russie de sa fidélité à l'alliance. Pendant ce voyage, prévu et annoncé de longue date, l'Autriche lance son ultimatum à la Serbie. Effectuant le trajet de retour en bateau, les principaux dirigeants français, absents de Paris et injoignables, sont mis « hors jeu ».

Le rejet de l'ultimatum le 25 juillet suscite des réactions multiples et différenciées. Alors qu'on observe des déchaînements collectifs d'exaltation nationaliste dans la capitale et quelques grandes villes, les campagnes plongées dans les travaux de moisson réagissent peu à la conjoncture politique. Le 25 juillet à Lyon-Vaise Jaurès dénonce les logiques impérialistes et capitalistes dans le déclenchement possible de la guerre en rappelant qu' « au moment où nous sommes menacés de meurtre » la seule solution est la réunion du prolétariat et une ferme opposition des partis socialistes européens. Le 27, l'Union des syndicats de la Seine appelle à manifester. Plus faible qu'en Allemagne ou en Angleterre, l'opposition à la guerre rassemble 5 000 hommes à Brest, 10 000 à Montluçon, 20 000 à Lyon et organise plusieurs manifestations interdites. Lors de la réunion du bureau socialiste international à Bruxelles (29-30 juillet), bien qu'ils soient confiants dans le pacifisme de leurs propres gouvernements, un glissement significatif s'opère chez les socialistes : l'ennemi n'est plus la classe dirigeante belliqueuse en général mais la classe dirigeante du pays ennemi, la protestation contre la guerre prend donc une tournure nationaliste. Le 31, Jaurès est assassiné par le nationaliste Villain au café du Croissant à Paris et avec lui les efforts socialistes pour maintenir la paix.

Le 31 juillet, le Kaiser lance un ultimatum à la France et à la Russie. Viviani ordonne à l'armée française de se tenir à 10 km de la frontière. Poincaré écrit au roi George V pour demander le soutien de la Grande Bretagne. Le mois de juillet est terminé, le 1er août le tocsin sonne, la mobilisation générale est décrétée. La France et les Français entrent dans la Grande Guerre.

Bibliographie

Becker, Jean-Jacques, La France 1914-1940, Paris, PUF, 2005).
Becker, Jean-Jacques, 1914, comment les Français sont entrés dans la guerre, Paris, Presse de la Fondation nationale des sciences politiques, 1977
Duroselle, Jean-Baptiste, Clemenceau, Paris, Fayard, 2012 (1988).
Ferro, Marc, La Grande Guerre, Paris, Gallimard, 1990 (1969).
Fhima, Catherine, Chronologie de la France au Xxe siècle, Paris, La Découverte, 2000.
Loez, André, La Grande Guerre, Paris, La découverte, 2010.

July 1914 in France

In July 1914, France was characterized by numerous contradictions: on one side the arms race and the Revanchism had pushed to grant ample funding for the armed forces, forming a well- armed and trained army. At the same time much of the intellectual élite, similarly to the Italian futurism, saw the war as a fascinating adventure and a positive experience for the nation. However, only few people wanted and expected the outbreak of the terrifying conflict that was the first world war

News of the assassination in Sarajevo arrived at a time when war was uppermost in the minds of the country's political and military leaders. In the interest of remaining competitive, the arms budget had been increased; in 1913 it accounted for 31% of all the State’s expenditure. In the same year a new law was passed on universal conscription, as compulsory military service was extended from 2 years to 3 years, and the age at which people could be called up was lowered from 21 to 20. As a result of this, by 1914 there were 637,635 soldiers (men aged between 21 and 23) in the peace-time army. A system of three sets of reservists, divided up into age categories and with a maximum age limit of 48, boosted the number of men who could be mobilised in the event of war to 3,780,000. Mobilisation was thus a carefully considered operation, planned well in advance, where everyone who played a part in society was allocated a role to play. The emphasis on military doctrine and strategy placed the emphasis on taking the attack to the enemy. On 19th June 1914 a loan of 800 million francs for the purchase of arms was also approved. The head of the French army, Joffre, thus regarded that the situation in France was better than it had been three years earlier.

The dominant themes of the debate were spread throughout society, with the help of the vast network of newspapers and the preponderance of popular literature, which put across national stereotypes. Morale was boosted by means of training in specific disciplines within the various institutions of the Third Republic. With the help of its methods of relaying power, the State was able to establish close-knit social cohesion, creating more homogeneity between parts of society than had existed in the past. The increasing amount of sport being played also helped to instil manly values and a sense of competition in the people. The war had an important place in the imagination of intellectuals, too. Numerous elites within society were won over by the nationalist agenda.

In the immediate term, however, the attack did not elicit much of a response. In an editorial that he wrote on 1st July, entitled 'En route vers l'inconnu' (Heading for the unknown), Clemenceau was still expressing his confidence in the idea that the crisis would be resolved peacefully, arguing that "Franz Joseph is a guarantor of peace."

The pace at which events were unfolding began to quicken in mid-July. Even as a grandiose military parade was taking place to celebrate the national holiday on the 14th, the senator Charles Humbert was revealing that the army's heavy artillery equipment was of mediocre quality. On 15th July the following proclamation was made: "as regards the proposal made by Clemenceau, the Senate hereby bestows special powers on the Army commission." On the same day, a new fiscal law established a tax on income, so that the resources available to the State could be increased. At the same time, during an extraordinary meeting of the SFIO (on 14-16 July), Jaurès ensured that the general strike was adopted as a method of saying no to war. Meanwhile, President Poincaré left for an official visit to St Petersburg, along with Viviani. France assured Russia that it would remain faithful to the alliance. During the journey, which had been planned and announced a long time in advance, Austria issued its ultimatum on Serbia. Returning from Russia by boat, the key French leaders were a long way from Paris and could not be contacted, and were thus no longer 'in play'.

The rejection of the ultimatum on 25th July triggered numerous responses, of various kinds. Though there were collective outpourings of nationalist exaltation in the capital and some of the larger cities, people in rural areas, who were busy collecting the harvest, hardly reacted at all to the political situation. On 25th July, at the Gare de Lyon-Vaise, Jaurès denounced the imperialist and capitalist thinking that went hand in hand with the possible outbreak of war, reminding the nation that "at a time when we are threatened with death", the only solution was for the proletariat to unite and for the socialist parties in Europe to remain firmly opposed to war. On the 27th, the Union of the Syndicates of the Seine called on the workers to go on strike. The opposition movement in France was weaker than the equivalent movements in Germany and Britain: it numbered 5,000 men in Brest, 10,000 in Montluçon and 20,000 in Lyons, and it organised several demonstrations, which had been forbidden. At the meeting of the International Socialist Bureau in Brussels (29-30 July), though they were still confident of the peaceful intent of their own governments, a significant shift began to take effect among the socialists: the enemy was no longer the bellicose ruling class in general but the ruling class of the enemy country, and thus the protests against the war took a nationalist turn. On the 31st, Jaurès was assassinated by a nationalist named Villain at the Café du Croissant in Paris, and the socialists' efforts to keep the peace died with him.

On 31st July, the Kaiser issued an ultimatum to France and Russia. Viviani ordered the French army to take up a position 10 km from the border. Poincaré wrote to King George V requesting the support of Great Britain. The month of July came to an end, and on 1st August the rallying cry was sounded and the order to mobilise the soldiers was issued. France and the French people entered the Great War.

Bibliography

Becker, Jean-Jacques, La France 1914-1940, Paris, PUF, 2005
Becker, Jean-Jacques, 1914, comment les Français sont entrés dans la guerre, Paris, Presse de la Fondation nationale des sciences politiques, 1977
Duroselle, Jean-Baptiste, Clemenceau, Paris, Fayard, 2012 (1988).
Ferro, Marc, La Grande Guerre, Paris, Gallimard, 1990 (1969).
Fhima, Catherine, Chronologie de la France au Xxe siècle, Paris, La Découverte, 2000.
Loez, André, La Grande Guerre, Paris, La découverte, 2010.

Links

Disclosure

http://rosalielebel75.franceserv.com/crise-juillet-1914.html
http://www.herodote.net/31_juillet_1914-evenement-19140731.php

Discussion

http://encyclopedia.1914-1918-online.net/article/pre-war_military_planning_france