Settembre 1914

La Marne

Helena Trnkova

Suite à la mise en œuvre efficace du plan Schlieffen, l'armée allemande avance profondément sur le territoire français, forçant les armées françaises à se replier. A une proximité dangereuse de Paris, le généralissime Joffre donne l'ordre de passer à l'attaque. La bataille généralisée, menée entre le 6 et le 9 septembre 1914, se solde par le retrait allemand qui signifie l'abandon définitif des plans de guerre originels.

La bataille de la Marne

Après une avancée rapide à travers la Belgique, l'armée allemande inflige une défaite aux Français dans la double bataille des frontières. Malgré le succès de la Ve armée de Lanrezac lors de la bataille de Guise le 29 septembre, le généralissime Joffre ordonna, le 30 août 1914, une retraite générale jusqu'à la Seine, permettant aux armées allemandes de s'avancer sur Paris.

Dans la capitale, alors même que les troupes ennemies se tiennent à quelques dizaines de kilomètres, la place est aux fausses nouvelles, destinées à maintenir le moral des habitants. Ainsi, le 23 août encore, on fait croire que les Français occupaient Mulhouse et qu'Anvers résistait.

Or, si les habitants sont bercés par le faux optimisme des journaux, les dirigeants qui eux sont bien au courant du caractère périlleux de la conjoncture, prennent des mesures radicales. Le 26 août, le général Gallieni est nommé gouverneur militaire de Paris. Il doit assurer la protection de la capitale alors que le lendemain le gouvernement part pour Bordeaux. L'ambiance change. Le 25 août, un communiqué rapporte le recul des Français, le 26 août les journaux annoncent que Paris est menacé. Quelques 500 000 habitants suivent alors l'exemple du gouvernement et désertent la capitale qui ne garde entre le 30 août et le 2 septembre que 62% de sa population.

Sur le front, le 1er septembre, l'aile droite de l'armée allemande de von Kluck, numériquement affaiblie, s'écarte du plan initial de marcher sur Paris et opère une inflexion vers l'est afin de couper la retraite des Alliés. Il s'éloigne ainsi de la IIe armée allemande de von Bülow qui progresse plus lentement sur le flanc est. Entre-temps, le généralissime Joffre poursuit le repli pour rassembler au mieux ses forces et occuper une position plus avantageuse. Or, lorsqu'il apprend le revirement allemand, il décide de passer à l'action. Malgré les divergences d'opinion dans le camp Allié, Joffre parvient à persuader le field-marshal French, commandant du corps expéditionnaire britannique (BEF), initialement réticent à l'idée d'une nouvelle opération et préconisant la retraite derrière la Marne, d'engager ses unités à côté de la Ve armée française. Le 4 septembre, Joffre signe son célèbre ordre du jour prescrivant la volte-face. Sur le papier, les forces semblent alors assez équilibrées, opposant 81 divisions Alliées à 80 divisions allemandes. Or, sur le terrain, les Alliés disposent d'un million d'hommes contre 750 000 Allemands. Dans le secteur du choc principal, entre la Marne et Verdun, les Franco-britanniques avec 66 divisions contre 51 jouissent même d'une nette supériorité numérique.

L'ordre d'attaque est exécuté le 5 septembre au matin. L'armée de Maunoury, appuyée par les unités de Gallieni, attaque en direction de l'Ourcq contre l'aile droite de von Kluck. Le 6 septembre, commence l'offensive généralisée sur tout le front de l'Ourcq jusqu’à Verdun. Alors que Gallieni réquisitionne environ 700 taxis parisiens pour amener les fantassins de la capitale au front, Moltke commence à s'inquiéter. C'est la première réussite française face aux Allemands lors d'une bataille générale. Le jour du 7, von Kluck recule au nord de la Marne, von Bülow le suit dans la retraite, laissant ainsi s'ouvrir une brèche de 35 km environ. Le BEF et la Ve armée de Franchet d'Espèrey profitent rapidement de la situation. La cavalerie effectue une percée importante et force les Allemands à se replier davantage. La bataille est engagée sur un front de 105 kilomètres, les pertes sont sévères des deux côtés. Le 9 septembre encore, l'issue est incertaine, Joffre donne l'ordre à Sarrail, opposé au Kronprinz vers Verdun, d'abandonner sa position si nécessaire, mais ce dernier, manquant de réserves échoue à s'imposer. Le 10, on constate le succès des Alliés dans tous les secteurs : Maunoury au nord-est de Paris, French et Franchet d'Espèrey sur les Deux-Morins, puis sur l'Ourcq dans la brèche entre von Kluck et Bülow, Foch aux marais de Saint-Gond, de Langle à Vitry-le-François et Sarrail en Argonne. Suite aux renseignements du lieutenant-colonel Hentsch, dépêché sur le terrain, Moltke prescrit le repli général de Nancy jusqu'à la Vesle. Ce retrait marque la fin de bataille de la Marne mais aussi l'abandon définitif des plans initiaux des deux côtés, respectivement du plan Schlieffen pour les Allemands et du plan XVII français.

Les causes de ce « miracle » de la Marne ont été longuement discutées par les historiens, mettant un avant tel ou tel personnage ou facteur. Selon Pierre Renouvin, la Marne était « une victoire de commandement ». Le camp allemand a en effet souffert de manque de coordination des mouvements entre ses deux armées, mais aussi de l’éloignement de la Direction suprême du théâtre des opérations. Cantonné à Luxembourg, sans possibilité de téléphoner (les Allemands n'utilisaient pas la TSF), Moltke éprouvait des difficultés à obtenir des informations précises. Parmi les facteurs majeurs de la réussite franco-britannique, on retiendra d’une part, la suprématie numérique des Alliés dans les secteurs clefs due au renvoi de deux corps allemands en urgence sur le front oriental et à l'engagement des britanniques, et d’autre part, une meilleure gestion logistique du ravitaillement ; en effet, les Alliés adossés à la capitale ont su exploiter en leur faveur le réseau ferroviaire dense existant alors qu'à l’inverse, les Allemands, ravitaillés depuis Bruxelles, souffrirent des lacunes de leurs moyens logistiques.

Généralités

http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Bataille_de_la_Marne/131996

Bibliographie

Becker, Jean-Jacques, La Grande Guerre, paris, PUF, 2013.
Ferro, Marc, La Grande Guerre 1914-1918, Paris, Gallimard, 1990 (1969).
Contamine, Henry, La victoire de la Marne : 9 septembre 1914, Paris, Gallimard, 1970.
Lemay, Benoît, « Le mythe de la bataille de la Marne ou de l'échec du « plan Schlieffen » en septembre 1914 dans l'historiographie allemande », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2013/4 n° 252, p. 7-26.

After implementing the Schlieffen plan to good effect, the German army advanced deep into French territory, forcing the French armies to pull back. With the Germans dangerously close to Paris, Generalissimo Joffre gave the order to mount an offensive. The ensuing battle, which raged from 6th to 9th September 1914, ended with the retreat of the Germans, signifying the complete abandonment of the original war plans.

The Battle of the Marne

After advancing rapidly across Belgium, the German army defeated the French in the double battle of the borders. Despite the success of Lanrezac's 5th army during the battle of Guise on 29 September, Generalissimo Joffre gave the order, on 30 August 1914, for a general retreat to the Seine, allowing the German armies to advance on Paris.

In the capital, false news reports were the order of the day, the intention being to keep the people's morale high, even as the enemy's troops were stationed just a few dozen kilometres outside the city. As late as 23 August, it was still being reported that the French were holding Mulhouse, and that Anvers was still holding out.

Though the people's spirits may have been boosted by the false optimism of the newspaper reports, the military leaders, who, for their part, were well aware how dire the situation was, took drastic measures. On 26 August, General Gallieni was appointed military governor of Paris. He was tasked with protecting the capital, whilst the government left for Bordeaux the next day. There was a change of atmosphere. A communiqué released on 25 August reported that the French had retreated; the very next day, the newspapers announced that Paris was under threat. Consequently, some half a million people followed the example set by the government and fled the capital. As a result, 30 August and 2 September, only about 62% of the population remained in the city.

On 1 September back on the frontlines, the right flank of the German army, led by von Kluck, finding its numbers depleted, abandoned the original plan of marching on Paris, and veered eastwards, so as to cut off the Allies' retreat. By doing so, it moved away from von Bülow’s 2nd German army, which was advancing more slowly on the eastern flank. Meanwhile, Generalissimo Joffre opted to retreat, in order to regroup as best as he could, and take up a more advantageous position. However, when he learned of the German retreat, he decided to act. In spite of the differences of opinion among the Allies, Joffre managed to convince field-marshal French, the commander of the British Expeditionary Force (BEF) (who was initially reluctant to countenance a new operation and urged a retreat behind the Marne), to engage his units alongside the 5th French army. On 4 September, Joffre signed his famous order of the day, which decreed an about-turn. On paper, the two sides seemed fairly evenly matched, with 81 Allied divisions ranged against 80 German divisions. On the ground, however, the Allies had one million men at their disposal, compared to 750,000 on the German side. In the area where the main thrust of the attack was to be focused, between the Marne valley and Verdun, the French and British forces, with 66 divisions against 51, had a clear numerical advantage.

The order to attack was given on the morning of 5 September. Maunoury's army, with support from units led by Gallieni, launched an attack against von Kluck's right flank, in the direction of the Ourcq. On 6 September, the offensive began all along the front line, from the Ourcq to Verdun. As Gallieni requisitioned some 700 Parisian taxis to take infantrymen from the capital to the front line, Moltke began to worry. It was the first time the French had won a victory against the Germans in an open battle. On 7 September, von Kluck retreated to an area north of the Marne, and von Bülow followed suit, thus leaving a breach of about 35km in the German lines. The BEF and Franchet d'Espèrey's 5th army were quick to take advantage of the situation. The cavalry made a significant breakthrough and forced the Germans to retreat still further. The battle was joined along a 105km front, and there were heavy casualties on both sides. On 9 September, the outcome was still uncertain, and Joffre ordered Sarrail, whose army was ranged against that of the Crown Prince, near Verdun, to abandon his position should the need arise; but the latter, who was short of reserves, failed to assert himself. On 10 September, the Allies enjoyed successes in every sector: Manoury, in the north-east of Paris; French and Franchet d'Espèrey on the Deux-Morins, then on the Ourcq, in the breach between von Kluck and Bülow; Foch in the marshes of Saint-Gond; de Langle at Vitry-le-François, and Sarrail in Argonne. Acting on information provided in a telegram by lieutenant-colonel Hentsch, Moltke ordered a retreat from Nancy to the Vesle. This retreat marked, not only the end of the battle of the Marne, but also the final abandonment of the original plans on both sides: the Schlieffen plan on the German side, and the plan of the 17th French army on the Allied side.

The causes of this 'miracle' of the Marne have long been the subject of debate among historians, who have put forward differing views about which particular individual or factor played a decisive role. Pierre Renouvin has written that the Marne was "a victory for proficient high command". The German side did indeed suffer from a lack of coordination in the movements of its two armies, but also from the fact that its High Command was too far away from the theatre of operations. Stationed in Luxembourg, without access to telephones (the Germans were not using wireless telegrams), Moltke had difficulty obtaining precise intelligence. Among the major factors in the success of the French and British sides, those of particular note are, on the one hand, the numerical advantage of the Allies in the key sectors, due to the fact that two German armies were urgently sent back to the eastern front, and British troops entered the battle; and, on the other hand, a better logistical system for the management of food supplies: the Allies, with their backs to the capital, managed to take advantage of the dense network of railways which was already in place, whereas the Germans, whose supply lines came from Brussels, suffered as a result of gaps in their logistical chains.

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Overview

http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Bataille_de_la_Marne/131996

Bibliography

Becker, Jean-Jacques, La Grande Guerre, paris, PUF, 2013.
Ferro, Marc, La Grande Guerre 1914-1918, Paris, Gallimard, 1990 (1969).
Contamine, Henry, La victoire de la Marne: 9 Septembre 1914, Paris, Gallimard, 1970.
Lemay, Benoît, 'Le mythe de la bataille de la Marne ou de l'échec du 'Schlieffen' plan en Septembre 1914 dans l'historiographie allemande', Guerres mondiales et conflits contemporains, 2013/4 n° 252, p. 7-26.