Luglio 1915

La battaglia delle Falkland e l’epopea dell’ammiraglio Maximilian von Spee

Di Alessandro Salvador

"In no other naval engagement of the Great War was there such a satisfying and decisive victory for the British. It more than made up for the defeat off Coronel, and the Grand Fleet in the North Sea was not able to repeat the South Atlantic success."

(Captain J.D. Allen, HMS Kent)

 

Nel dicembre del 1914, la squadra navale dell’Estremo Oriente della flotta imperiale tedesca affrontò una squadra navale britannica presso le isole Falkland. Nello scontro, in cui i tedeschi ebbero la peggio, perse la vita l’ammiraglio Maximilian von Spee, affondato assieme alla sua nave, la SMS Scharnhorst. L’evento chiuse una breve ma affascinante epopea di cui Spee, assieme ai suoi marinai, fu protagonista.

Nato a Copenhagen il 22 giugno del 1861, Maximilian Johannes Maria Hubert Graf von Spee fece carriera nella marina imperiale tedesca, in cui si arruolò all’età di 17 anni. Negli anni precedenti lo scoppio della Grande Guerra fu nominato capo di Stato Maggiore del comando del Mare del Nord, nel 1908, contrammiraglio nel 1910 e, infine, comandante della squadra navale dell’Estremo Oriente nel 1912. La squadra era stanziata presso il porto di Tsingtao, in Cina. Il comando di Spee includeva due incrociatori, lo Scharnhorst e lo Gneisenau, e tre incrociatori leggeri, lo Emden, il Nuernberg e il Leipzig.

Lo scopo della squadra navale di Tsingtao era quello di proteggere gli interessi commerciali tedeschi in Oriente e di costituire una forza di intervento rapido nel caso i convogli commerciali necessitassero di assistenza. Spee si rivelò una persona abile e capace di intrattenere relazioni amichevoli coi paesi asiatici circostanti, in particolare con la Cina e il Giappone. Lo scoppio del conflitto in Europa, tuttavia, lo mise in una posizione particolarmente difficile. Il suo gruppo navale era ridotto e le marine britannica, giapponese e australiana costituivano una minaccia costante alla sua sopravvivenza.

All’inizio del conflitto, il gruppo navale era frammentato e le navi erano impegnate in diverse operazioni di routine. Tsingtao, inoltre, era vulnerabile e non poteva essere considerato un porto sicuro. A peggiorare la situazione, la flotta britannica aveva provveduto all’eliminazione dei cavi sottomarini che permettevano le comunicazioni con la Germania. Spee, quindi, decise di riunire la flotta presso le isole Marianne, per poi tentare di trovare una via verso la Germania. Egli contava sulle simpatie filogermaniche di alcuni paesi sudamericani, come il Cile, per provvedere ai rifornimenti necessari ad affrontare l’Atlantico. Al contempo, autorizzò uno degli incrociatori leggeri della sua flotta, lo Emden comandato da von Mueller, ad avviare una missione solitaria di razzia delle rotte commerciali nell’Oceano Indiano. I successi iniziali furono incoraggianti, con l’intercettazione di 29 navi e l’affondamento di quelle che appartenevano a paesi dell’Intesa. In una missione spericolata, il vascello di von Mueller riuscì a infiltrarsi nel porto britannico di Penang, nel nord della Malesia, affondando l’incrociatore russo Zhemchug e il cacciatorpediniere francese Mousquet, nel novembre del 1914.

Dopo un raid nella Polinesia francese e un rifornimento di carbone presso l’Isola di Pasqua, la squadra navale tedesca decise di doppiare capo Horn e di dirigersi verso l’Atlantico. Fino a quel momento, l’unica perdita fu l’incrociatore leggero Geier che, inviato alle Hawaii per raccogliere informazioni, non potè congiungersi alla flotta per problemi meccanici. Nel novembre del 1914, la squadra tedesca incrociò, al largo del Coronel, la squadra navale britannica delle Indie Occidentali. Nella battaglia che ne seguì, i tedeschi ebbero la meglio, affondando gli incrociatori HMS Good Hope e HMS Monmouth. Nello stesso mese, però, i giapponesi conquistarono il porto di Tsingtao.

Nonostante la netta inferiorità tecnica della squadra navale tedesca, i suoi successi nella campagna piratesca che stava compiendo attirarono l’attenzione della marina britannica, che decise di mettere fine alle attività di von Spee. Due nuovi incrociatori da battaglia, dotati di armamenti innovativi e capacità di manovra migliorate, furono inviati presso le isole Falkland per tendere una trappola a Spee. 

Questi, nel tentativo di raggiungere l’Atlantico per poter tentare la via dell’Europa, decise di attaccare il porto britannico presso le isole Falkland per distruggere la stazione telegrafica e fare un ultimo rifornimento di carbone. Sfortunatamente per il gruppo navale tedesco, i nuovi incrociatori britannici, comandati dall’ammiraglio Sturdee, si trovavano in quel porto per fare rifornimento. Lo scontro mise fine all’epopea di Spee e del suo piccolo gruppo navale e l’ufficiale tedesco affondò con la sua nave.

Dans son ouvrage Trench Warfare 1914-1918 : the Live and Let Live System, l'historien britannique Tony Ashworth introduit la notion célèbre de « laisser vivre » pour décrire le déroulement de la guerre de position sur les fronts de 14-18. Selon lui, la guerre ne se résume pas à une suite d'agressions mais génère ses propres mécanismes sociaux complexes.

Combattre et vivre dans les tranchées : Live and Let Live System

By Helena Trnkova

En principe, les historiographies occidentales représentent la Grande Guerre comme un cataclysme atteignant des seuils de violence inouïs. Focalisés sur les grandes batailles particulièrement sanglantes du front occidental comme Ypres, la Somme, Verdun ou le Chemin des Dame, de nombreux ouvrages de vulgarisation, films et documentaires, férus des combats, diffusent l'image de l'avalanche d'agressions infinies et incontrôlables. Or, que se passaient-il au quotidien durant ces 54 mois du conflit ? Que faisaient les combattants en dehors des grandes batailles du matériel ? Tony Ashworth avance une réponse basée sur une analyse sociale de la vie des combattants attentive aux mécanismes sociaux cristallisés dans le contexte spécifique de la guerre des tranchées. Arguments à l'appui, il attire l'attention sur les moments éclipsés car moins spectaculaires, ceux du maintient prolongé des secteurs en dehors des opérations majeures qui représente une partie non négligeable de l'activité des hommes mobilisés.

En effet, la nouvelle forme de la guerre de position laisse les adversaires cohabiter dans une grande proximité sans changements substantiels pour des périodes assez longues (certains secteurs n'ont pratiquement pas bougé durant toute la guerre) pour créer des espaces sociaux improvisés mais qui capables de générer leurs propres normes de conduite. Les combattants – témoins évoquent de façon récurrente le principe de « vivre et de laisser vivre », la « pratique du laisser-faire » ou de « Let's sleeping dogs lie » (Ne pas déranger le chien qui dort.) Quelque soit le terme employé, il se réfère à la même réalité. Dans certains circonstances, les combattants des différents secteurs et unités ont plus au moins consciemment introduit leurs propres « lois », officieuses et tacites, qui contribuaient à freiner l'agressivité et à limiter la violence. Contraires à la doctrine offensive prédominante dans les armées française et britannique, ces comportements étaient une adaptation voire une désobéissance ouverte aux ordres de la hiérarchie militaire. Comment les hommes des tranchées y parvenaient-ils?

Le géant front occidental était une mosaïque des situations variées, à caractère fluctuant et changeable. Les conditions différaient d'un secteur à l'autre mais aussi suivant le type de l'unité et les visées stratégiques du commandement. La nature du secteur « calme » ou « actif » oscillait aussi dans le temps. Sur le front occidental, deux grandes phases peuvent être discernées dans la guerre de position : la première s'étale de l'automne 1914 jusqu'aux grandes batailles du matériel au printemps 1916 ; la seconde couvre le reste du conflit jusqu'à l'armistice. Chacune a favorisé des formes de laisser vivre correspondantes.

La manifestation la plus connue est la trêve de Noël 1914, pandémique dans les secteurs britanniques et quelques secteurs français. Rompant ouvertement avec l'injonction d'agressivité du haut commandement, ces cas ont été facilement repérés, réprimandés et fermement interdits à l'avenir. Pourtant, il ne s'agissait pas d'un événement isolé, mais plutôt de la pointe visible d'un glacier des pratiques récurrentes. Pour contrecarrer les ordres, les combattants déployèrent principalement deux stratégies selon les circonstances : inertie et ritualisation. Dans la première phase du conflit, où le système de gestion, pris de court par le prolongement inattendu des hostilités, était moins performant, les hommes sur place gardaient une certaine autonomie vis-à-vis du commandement central et pouvaient, dans certains cas, limiter les hostilités, autrement dit, rester inertes. Avec le progrès des opérations, l’administration devînt mieux organisée et plus performante dans le mise en application de ses ordres et directives. Dans la seconde phase, le développement de la technologie et la spécialisation progressive des combattants, la division plus efficace de l'autorité ou la promotion des jeunes officiers des tranchées ambitieux constituaient autant de moyens empêchant l'inertie. Toutefois, les combattants contournaient le contrôle en ritualisation leurs actions. Rendre les agressions prévisibles pour l'adversaire diminuait leur impact.

La grande proximité des tranchées adversaires englobant les combattants ennemis dans un même espace social était la condition de base du laisser vivre. Les combattants remplacèrent une image personnelle concrète de l'adversaire comme comparable à soi à l'image abstraite stéréotypée véhiculée par la propagande. La conscience de partager la « même misère », inconnue du commandement et des civils a contribué à renforcer l’empathie mutuelle.

De point de vue pragmatique, le laisser vivre découlait du sentiment de réciprocité : causer des ennuis à l'ennemi égalait, selon l'arithmétique simple de la guerre, à s'attirer des ennuis soi-même. L'avantage primaire de la limitation des comportements agressifs était donc la survie mutuelle des combattants. Or, rapidement, ce principe acquiert une dimension étique. Renouant avec le précepte moral de base de la vie civile, que ni la propagande ni la préparation militaire ne surent effacer, ne pas s'attaquer à quelqu'un qui n'a causé aucun mal, s'impose aussi dans les tranchées. Ces pratiques ne s'appliquaient ni partout ni toujours, les épisodes de violence extrême en témoignent clairement. C'est toutefois un aspect indéniable de la vie des hommes dans les tranchées qui ne se résume pas au seul front occidental.

Links :

Bibliographie :

Asworth, Tony, Trench Warfare 1914-1918 : The Live and Let Live System, Pan Books, London, 2000 (1980).

Autres lectures sociales de la Guerre :

Rousseau, Frédéric, La Guerre censurée : une autre histoire des combattants européens de 14-18, Paris, Éditions du Seuil, 1999.

Rousseau, Frédéric (dir.), La Grande Guerre des sciences sociales, Outremont (Québec), Athéna éditions, 2014.

Mariot, Nicolas, Tous unis dans la tranchée ?: les intellectuels rencontrent le peuple, Paris, Éditions du Seuil, 2013.

In his work Trench Warfare 1914-1918: the Live and Let Live System, British historian Tony Ashworth introduces the famous concept of “Live and let live” to describe the way the war of position unfolded on the fronts between 1914 and 1918. In his view, the war is not a series of aggressions but generates its own, complex social mechanisms.

Fighting and Living in the Trenches: the Live and Let Live System

By Helena Trnkova

In principle, Western historiographies represent the Great War as a cataclysm reaching unprecedented thresholds of violence.  Focusing on the great and especially bloody battles on the Western Front, such as Ypres, the Somme, Verdun and the Chemin des Dame, many general-interest works, films and documents, with a keen interest in the fighting, spread the image of an infinite avalanche of uncontrollable aggression.  But what was actually happening on a day-to-day basis during the 54 months of conflict? What were the combatants doing when they were not in the big battles?  Tony Ashworth proposes an answer based on a social analysis of the combatants’ life, paying attention to the social mechanisms formed in the specific context of trench warfare. Arguments at the ready, he draws the reader’s attention to the moments that have been eclipsed for being less spectacular, those moments the sectors were kept out of the major operations for extended periods of time, representing a considerable share of the activity of the mobilised men.

Indeed, this new-fangled war of position let adversaries coexist in close proximity with no substantial changes for fairly long periods of time (some sectors basically did not move for the entire war) to create improvised social spaces capable of generating their own standards of behaviour. The combatant-witnesses repeatedly evoke the principle of “Live and let live”, the “practice of laissez-faire” or “Let sleeping dogs lie”.  Whatever term is used, it refers to the same reality. In some units, the combatants from the various sectors and units more or less consciously introduced their own “laws”, unofficial and tacit, that contributed towards curbing aggression and limiting violence. Contrary to the offensive doctrine prevailing in the French and British armies, these behaviours were an adaptation of, or even open disobedience towards, the orders given by the military hierarchy. How did the men in the trenches manage this?

The huge Western Front was a checkerboard of varied situations, fluctuating and changeable. Conditions differed from one sector to another, but also according to the type of unit and the command’s strategic aims. The “calm” or “active” nature of the front also changed with time. On the Western Front, two major phases can be discerned in the war of position: the first stretched from autumn 1914 to the great equipment battles in spring 1916; the second covered the rest of the conflict up to the armistice. Each of these phases favoured corresponding forms of “Live and let live”.

The best-known event is the 1914 Christmas truce, pandemic in the British sectors and in some French sectors. Openly violating the upper echelons’ orders to display aggression, these cases were easily found out, reprimanded and firmly prohibited in future. Yet this was not an isolated incident but rather the visible tip of an iceberg of recurring practices. To thwart their orders, the combatants mainly deployed two strategies, depending on the circumstances: inertia, and ritualization. In the first phase of the conflict, when the management system, caught short by the unexpected duration of the hostilities, was less effective, men in the field retained a certain autonomy in relation to the central command and, in some cases, could limit the hostilities, or even remain inert. As operations proceeded, the administration became better organised and more effective in applying orders and directives. In the second phase, the development of technology and the gradual specialisation of the combatants, the more effective division of authority and the promotion of ambitious young officers in the trenches were all means of preventing inertia. However, the combatants got around these controls by ritualizing their actions. Making attacks foreseeable by the adversary diminished their impact.

The close proximity of the enemy trenches which held enemy combatants in the same social space was a basic condition for “Live and let live”. The combatants substituted a personal, concrete image of the enemy as being comparable to themselves for the stereotypical, abstract image conveyed by propaganda.  An awareness of sharing “the same misery”, unknown to the command and to civilians, contributed towards reinforcing mutual empathy.

From a pragmatic standpoint, “Live and let live” derived from the feeling of reciprocity: according to the simple arithmetic of war, causing trouble for your enemy equals attracting trouble for yourself. The main advantage to limiting aggressive behaviour was therefore the mutual survival of the combatants. This principle quickly took on an ethical dimension. Reviving the fundamental precept of civil life, which neither propaganda nor military preparation were able to erase, of not attacking anyone who has not caused any harm, also became established in the trenches. These practices did not apply everywhere at all times; episodes of extreme violence testify clearly to that. It was however an undeniable aspect of the life of the men in the trenches that was not limited to the Western Front.

Links:

Bibliography:

Asworth, Tony, Trench Warfare 1914-1918: The Live and Let Live System, Pan Books, London, 2000 (1980).

Other social readings on the War:

Rousseau, Frédéric, La Guerre censurée: une autre histoire des combattants européens de 14-18, Paris, Éditions du Seuil, 1999.

Rousseau, Frédéric (dir.), La Grande Guerre des sciences sociales, Outremont (Québec), Athéna éditions, 2014.

Mariot, Nicolas, Tous unis dans la tranchée ?: les intellectuels rencontrent le peuple, Paris, Éditions du Seuil, 2013.

Les voix des prisonniers de guerre

By Helena Trnkova

Depuis « Un souvenir de Solferino » publié par Henry Dunant en 1862, rendre la guerre moderne plus humaine s'impose comme un sujet de société majeur. La Convention de La Haye de 1907, ratifiée par 44 États dont tous les belligérants principaux de 14-18, préconise un traitement humain des prisonniers issus des « nations civilisées ». Dans l'esprit du 19e siècle, les officiers bénéficient d'un traitement privilégié par rapport aux troupes. Malgré la bonne volonté du départ, les conditions réelles de la guerre industrielle, surtout l'afflux inattendu des captifs (au total plus de 8,5 millions pour une durée moyenne de 3 à 4 ans), prennent les autorités de court et causent des difficultés de gestion. Toutefois, le principe de réciprocité ainsi que les efforts des États neutres et des organisations internationales aident à promouvoir un traitement décent, au moins dans la mesure du possible. Les témoignages le confirment : les conditions d'internement sont avant tout variées et inégales.

Avec la mise en guerre des empires multinationaux ou coloniaux, les camps reflètent la grande mixité nationale des combattants. Deux témoins tchèques, gardant l'anonymat, racontent comment était-il difficile de faire comprendre qui ils étaient.

«Sur le front de Salonique, les Alliés ont capturés quelques soldats austro-hongrois – des Tchèques. Lorsqu'ils ont demandé leur nationalité, ils ne comprenaient pas le mot 'Tchèque'. Un des soldats capturés l'a alors remplacé par le mot internationalement connu 'Bohémien'. De suite, un des soldats a hoché la tête pour dire qu'il comprenait et s'est mis a mimer avec ces mains quelqu'un qui joue du violon tout en chantant « fidli – fidli ». Il croyait que c'étaient des Tziganes.»

«Un des combattants blessés du 21e régiment a été soigné à l'hôpital à Arcis sur Aube. En remplissant le formulaire, le secrétaire de l'hôpital ne savait pas ce que signifiaient les lettres T. S. après l'indication '21e régiment'. Il a demandé au soldat blessé de lui expliquer et lorsque celui-ci a répondu que cela signifiait Tchéco-Slovaque, il a hoché la tête en notant : '21e R. Sénégalais'».

Josef Šrámek, (1892-1984), commerçant, soldat, capturé le 6 décembre 1914 en Serbie est transféré comme prisonnier en France en juillet 1916. Envoyé à la ferme en Vendée en 1917, il décrit son emploi de temps mais aussi des particularités culinaires :

«Nous travaillions sous le soleil brûlant du Sud, nous dormions en paix. Parfois nous manquions un peu de sommeil, nous commencions à travailler à 5 heures, nous nous levions à 4 heures et nous finissions à 7 heures du soir, mais à midi, lorsque la chaleur était insupportable, nous pouvions nous reposer pendant 2 heures – nous dormions. Le repas des paysans français – les haricots, la viande de porc, volaille, œufs, beurre, légumes – et ce bon vin ! Je ne sais pas comment allaient mes camarades dans les usines, mais nous, nous souhaitions finir la guerre à la campagne. Nous nous sommes habitués aux travaux agricoles, les gens de là-bas ce sont habitués à nous, certains nous appréciaient vraiment. Et partout, nous nous entendions avec les Français mieux que les Allemands. Avec le temps, ils ont compris qui nous étions, et arrivaient à faire la différence entre « Bosch » et Autrichien. Et lorsque nous avons appris à communiquer avec eux, ils nous aimaient vraiment et nous facilitaient notre destin comme ils pouvaient. […] Et encore une particularité de ces régions proches de la mer – les poissons, les huîtres et les escargots. La première fois quand ils nous ont servi un plat plein d'escargots – personne ne l'a touché – cela nous dégoûtait. On avait mal au cœur juste en les regardant manger les huîtres. Ça a pris beaucoup de temps mais nous avons fini par apprendre à les ouvrir et à les manger. Nous nous sommes habitués aux escargots à l’ailloli, aux petits poissons graillés et à d'autres bêtes de mer.»

Alois Sticha, assistant commercial, capturé le 1er janvier 1916 en Roumanie, témoigne des conditions qui contrastent fortement avec l'image quasi idyllique de l'extrait précédant.

Le 1er septembre 1916, dans le camp de Craiova : «La population locale ne nous a pas très bien accueilli. Sans les soldats roumains, ils nous auraient sûrement fait bien de misères.»

Le 22 septembre : «Aujourd'hui, un prisonnier a reçu un coup sur la tête si fort qu'il s'est évanoui. On lui a brisé la mâchoire avec la crosse du fusil parce qu'il a ramassé un morceau de cigarette. Il nous semble que ces derniers temps on traite même les Allemands et les Hongrois mieux que nous.»

Le 29 septembre : «L'ampleur du désespoir qui s'emparait des prisonniers prouve le fait que la nuit dernière, six personnes ont tenté de se suicider. […] Heureusement (ou malheureusement), ces suicides ont été empêchés. Durant les nuits épouvantables, nous discutions comment neutraliser les gardiens roumains afin de profiter au moins un instant de l'air frais. Or, comme cela aurait sûrement causé des massacres en représailles, la raison a gagné sur le désir.»

Le 15 octobre : «Nous sommes pires que misérables. Nous souhaitons que cela se finisse d'une manière ou d'une autre. […] Nous nous sentons comme des paria de l'humanité. Nous maudissons les Roumains, puis le monde entier. Mais surtout les familles maudites de Habsbourg et de Hohenzollern. La violence est la seule force qui nous tient debout. La seule mort peut nous sauver.»

Le 25 novembre: «Je maudis tout et tous et arrête de croire en Dieu... Même un chien ne vit aussi mal que nous. Je suis malade et je souhaite une seule chose : la mort.»

Bibliographie :

Československé legie ve Francii : První sborník francouzských legionářů k desátému výročí samostatnosti Českoslovesnké republiky, Kruh francouzských legionařů, za redakce bratra Lad. Preiningera, Praha, 1928.

Josef Šrámek, Paměti z První světové války 1914­1918 Josefa Šrámka z Ústí nad Labem, Brno, 2008. Aussi en ligne sur Knihovnicka.cz : www.svobodat.com/sramek/

Sborník : československá legie ve Francii 1914-1918, Kruh francouzských legionářů, Melantrich, Praha Smichov 1930.

POW voices from the camp

By Helena Trnkova

Ever since Un souvenir de Solferino [“A Memory of Sulferino”] published by Henry Dunant in 1862, making modern war more humane has become a major social issue. The 1907 Hague Convention, ratified by 44 countries including the main belligerents in World War I, recommends humane treatment for prisoners from “civilised nations”. In the spirit of the 19th century, officers received special treatment compared to the troops. Despite the good intentions when the war broke out, the actual conditions of industrial warfare, especially the unexpected influx of captives (in all, more than 8.5 million for an average of three to four years), caught the authorities short and caused problems in managing the situation.  However, the principle of reciprocity and the efforts of the neutral countries and international organisations helped promote decent treatment, at least to the extent possible. Eyewitness accounts confirm this: internment conditions were first and foremost varied and unequal.

With multinational or colonial empires at war, the camps reflected the great number of countries providing combatants. Two Czech witnesses anonymously describe how difficult it was to make it known who they were.

“On the Salonica front, the Allies captured some Austro-Hungarian soldiers – Czechs. When they asked them their nationality, they did not understand the word “Czech”. One of the captured soldiers then replaced it with the internationally known word “Bohemian”.  Then one of the soldiers nodded his head to show he understood; he began miming with his hands someone playing a violin while singing, “Fifli - fidli”. They thought they were Gypsies.”

“One of the wounded combatants from the 21st regiment was treated at the hospital at Arcis sur Aube. In filling in the form, the hospital secretary did not know what the letters T.S. meant after the words “21st regiment”. He asked the wounded soldier to explain it to him, and the soldier replied it meant Tcheco-Slovaque [Czecho-slovak]; he nodded, noting: “21st Senegalese regiment”.

Josef Šrámek, (1892-1984), merchant, soldier, captured on 6 December 1914 in Serbia, was transferred as a prisoner of war to France in July 1916. Sent to a farm in the Vendée in 1917, he described the use they made of their time and some culinary details:

“We worked under the bright southern sun; we slept peacefully. Sometimes we missed a little sleep; we started work at 5:00, we woke up at 4:00, and we finished at 7:00 at night, but at noon, when the heat was unbearable, we were able to rest for two hours – we slept. The meal of French peasants: beans, pork, chicken, eggs, butter, vegetables – and that great wine! I don’t know how our comrades were getting along in the factories, but we wanted to finish out the war in the countryside. We got used to the farm work; the people there got used to us, and some of them really appreciated us. And everywhere we got along better with the French than with the Germans. With time, they understood who we were and managed to differentiate between a "Bosch” and an Austrian. And when we learned to communicate with them they really liked us and made our lives as easy as they could. […] And yet another unique feature of these regions near the sea – the fish, the oysters and the snails. The first time they served us a plateful of snails – nobody touched it – that disgusted us. We felt sick just watching them eat the oysters. It took a long time, but we ended up learning how to open them and eat them. We got used to snails with aioli, little fish and other creatures from the sea.

Alois Sticha, sales assistant, captured 1 January 1916 in Romania, describes conditions that contrast sharply with the almost idyllic image of the previous excerpt.

On 1 September 1916, in the Craiova camp: “The local population did not give us a very nice welcome. If the Romanian soldiers hadn’t been there, they would surely have done us harm.

22 September: “Today a prisoner was hit on the head so hard he was knocked out. They broke his jaw with a rifle butt because he picked up a piece of a cigarette. Lately it seems they’re treating even the Germans and the Hungarians better than us.”

29 September: "The breadth of the despair bearing down on the prisoners proves the fact that last night six people tried to kill themselves. […] Fortunately (or unfortunately), these suicides were prevented. During the terrifying nights, we would discuss how to neutralise the Romanian guards in order to get at least a moment of fresh air. Now, as that would certainly have caused reprisal massacres, reason won out over desire.”

15 October: “We are worse than miserable. We want it to be over, one way or another. […] We feel like pariahs from humanity. We curse the Romanians, then the whole world. But especially the damned Habsburg and Hohenzollern families. Violence is the only reason we’re still standing. Only death can save us.

25 November: “I curse everything and everyone and have stopped believing in God…. Not even a dog lives as badly as we do. I am sick and want just one thing: death.”

Bibliography:

Československé legie ve Francii : První sborník francouzských legionářů k desátému výročí samostatnosti Českoslovesnké republiky, Kruh francouzských legionařů, za redakce bratra Lad. Preiningera, Praha, 1928.

Josef Šrámek, Paměti z První světové války 1914­1918 Josefa Šrámka z Ústí nad Labem, Brno, 2008. Aussi en ligne sur Knihovnicka.cz : www.svobodat.com/sramek/

Sborník : československá legie ve Francii 1914-1918, Kruh francouzských legionářů, Melantrich, Praha Smichov 1930.